Sécurité stratégique : eau, énergie, alimentation et IA
Stocks de carburants, dessalement, semences et intelligence artificielle : la charte de sécurité du programme 2027-2031 du PAM.
Sécuriser l’eau, l’énergie et l’alimentation du Maroc, et maîtriser la révolution de l’intelligence artificielle : tel est l’objet de la quatrième charte du programme 2027-2031 du PAM. Dotée de 50 milliards de dirhams, autant que la charte consacrée à l’insertion des jeunes, cette charte de la sécurité s’appuie sur un objectif de croissance plus forte et sur des finances publiques maîtrisées.
Une réflexion engagée dès 2024
Ces thèmes ne sont pas apparus avec la campagne. Du 19 au 21 septembre 2024, à Bouznika, la première université d’été du PAM, placée sous un slogan que l’on peut traduire par « Un contrat renouvelé pour la dignité et l’espoir », avait inscrit à son programme la rareté de l’eau et le numérique, y compris l’intelligence artificielle, aux côtés de l’identité et de l’emploi des jeunes. Deux ans plus tard, ces préoccupations structurent l’une des cinq chartes du programme présenté le 1er septembre 2026, qui fait de la sécurité stratégique sa quatrième priorité face aux menaces hydrique, alimentaire et énergétique.
Énergie et eau : anticiper
En matière d’énergie, le programme prévoit de garantir un stock de carburants couvrant trois mois de consommation nationale, en obligeant les importateurs à disposer de capacités de stockage suffisantes, sous un contrôle strict de l’approvisionnement. Il vise aussi à porter la part des énergies renouvelables dans la consommation électrique à 52 %, contre 46 % au moment de la présentation du programme.
La sécurité hydrique occupe une place centrale, du stockage au dessalement, en passant par les transferts entre bassins et l’irrigation. Les engagements portent sur :
- près de 400 ouvrages hydrauliques : petits barrages, barrages collinaires et dispositifs de collecte des eaux pluviales ;
- six stations de dessalement, pour dépasser 1,8 milliard de mètres cubes à l’horizon 2031 ;
- la deuxième tranche du transfert d’eau entre bassins, du Bouregreg vers l’Oum Er-Rbia, au barrage Al Massira ;
- l’irrigation économe en eau sur 350 000 hectares supplémentaires ;
- l’aménagement d’environ 1 000 points d’eau en zones pastorales, qui doit aussi servir la reconstitution du cheptel national.
Alimentation : préserver le patrimoine agricole
Le volet alimentaire entend orienter l’investissement agricole vers les besoins du marché intérieur, selon le potentiel de chaque région. Il prévoit de préserver le patrimoine agricole national, qu’il s’agisse des variétés de semences, des arbres fruitiers ou des races locales de bétail, et de soutenir une recherche agronomique tournée vers une agriculture durable et résiliente au changement climatique. Le programme propose également de revoir la gestion et le contrôle du stock stratégique, en garantissant le rôle de l’État comme acteur du secteur. Ce volet complète la charte du pouvoir d’achat, qui prévoit six sociétés régionales de distribution agricole et la modernisation des marchés de gros.
Intelligence artificielle : former et bâtir un écosystème
La quatrième composante de la charte concerne la sécurité scientifique et technique. Le programme prévoit un projet national de formation de 5 000 encadrants en intelligence artificielle, l’introduction de cette matière au collège et le soutien aux structures de recherche des universités et des grandes écoles. L’objectif est de construire un écosystème marocain d’intelligence artificielle, afin de prémunir le pays contre une nouvelle forme de dépendance.
La charte de la citoyenneté prolonge cet effort avec le programme « IA MAROC », qui met l’intelligence artificielle au service de l’État social, un cloud national souverain pour héberger les données des Marocains, l’équipement de 80 % des logements en fibre optique et 1 500 espaces numériques citoyens.
La croissance, condition de l’ensemble
Ces investissements supposent une économie solide. La charte de la croissance et de la durabilité fixe une croissance annuelle moyenne de 5 % sur 2027-2031, contre 3,7 % sur 2022-2025, un plafond d’inflation de 2 %, un déficit budgétaire limité à 3 % du PIB et une dette publique de 62 % du PIB visée à l’horizon 2031, en s’appuyant sur neuf grands programmes structurants. Sur les quelque 350 milliards de dirhams de coût additionnel du programme, 300 milliards sont attendus de l’effet de la croissance et d’une assiette fiscale élargie, 40 milliards des collectivités territoriales et 10 milliards de réaffectations budgétaires. L’ensemble est présenté dans l’article sur le programme 2027-2031.
Interrogée par la MAP le 21 septembre 2026, deux jours avant le scrutin, Fatima Ezzahra El Mansouri déclarait :
« Aujourd’hui, le Maroc a besoin d’une convergence dans l’action. »
Fatima Ezzahra El Mansouri, entretien à la MAP, 21 septembre 2026
Ces engagements sont ceux du programme électoral du PAM ; le programme du gouvernement sera présenté au Parlement une fois le gouvernement formé. Pour aller plus loin, voir la vision de Fatima Ezzahra El Mansouri.
Découvrir le PAM, son histoire et son programmeLe programme 2027-2031 en détail